Histoire des origines

La Brie au temps des premiers mérovingiens n'était guère peuplée ; c'était une étendue boisée coupée de marécages. Guy Fourquin, historien spécialiste du monde rural médiéval, la décrit comme presque vide, sauf dans les vallées qui découpent son plateau. Elle fût colonisée entre 1100 et 1250 par quelque vingt à trente mille personnes et les clairières allaient alors se développer au cours d'opérations de défrichement menées sous la houlette de l'aristocratie médiévale et des monastères parisiens. Un point d'équilibre est cependant atteint à la fin du XIIème entre la zone forestière et les zones cultivées

Rappelons qu'après Charlemagne, le pouvoir impérial puis royal, s'était sérieusement affaibli :

  • d'abord par ses divisions internes (traité de Verdun en 843),
  • puis par les invasions normandes (traité de Saint-Clair-sur-Epte en 911 avec le chef viking Rollon)
  • et enfin par la faiblesse des derniers rois carolingiens laissant le trône, par deux fois à la famille des Robertiens (Eudes et Raoul). En 987, c'est finalement l'un d'eux qui fonde une nouvelle dynastie : Hugues Capet. 

Les rois Carolingiens et les interrègnes Robertien 

Face au roi, l'aristocratie se renforce et se hiérarchise autour de 3 titres, qui sont également des charges :

  1. Le Comte qui vient du latin comes signifiant compagnon du roi
    Fonctionnaire, il est désigné et révoqué par le roi. Il garantit l’ordre public en présidant le tribunal, lève les taxes et organise les troupes dans une circonscription territoriale (pagus en latin) sous sa responsabilité.    
  2. Le Duc dont l'étymologie est latine et signifie conducteur d'armée
    Ce sont les personnages les plus puissants. C'est une sorte de comte qui cumule plusieurs pagi
  3. Le Marquis (en latin marchio)
    C'est un comte qui garde une région frontalière appelée marche et doit la défendre en cas d’attaque.

À la fin du IXe siècle, conséquence du capitulaire de Quierzy (877), ces charges de comte, duc et marquis deviennent héréditaires : le roi carolingien ne peut plus les destituer, donc son contrôle s'efface.

Au Xe siècle, les signes de l'autonomie princière se multiplient : les comtes et les ducs ont accaparé les fonctions publiques et les droits jusqu'ici réservés au roi. Ils édifient des tours et des forts, puis de véritables châteaux en pierre, sans autorisation. Après l’arrêt des invasions scandinaves, le château domine un territoire qui est tombé sous le ban d’un seigneur.

À la fin du Xe siècle, l’autorité centrale carolingienne a disparu au profit de l'aristocratie, en particulier des princes territoriaux ; c'est la fin de l’ordre carolingien et le triomphe des lignages aristocratiques.

Terres de frontière

Les plus anciennes traces de notre village datent du XI-XIIème siècle, or à cette époque notre territoire se trouve à la frontière du domaine royal et du puissant comté de Champagne. 

Comté de Champagne : Alliance de 2 lignées Vermandois et Blois


Branche des Vermandois alliée des comtes de Blois (encadré en vert les héritages renforçant le comté de Champagne). Source E.Patou http://racineshistoire.free.fr/LGN

Les Comtes de Blois

Tout commence à Blois avec Thibaud l'Ancien au Xème siècle, vassal de Hugues le Grand, Duc de France. Son fils Thibaud le Tricheur reçoit le comté de Tours en 941. En 943 il épouse Ledgarde de Vermandois, dame de Provins par sa mère Richilde. Il s'empare de Chartres et Châteaudun entre 956 et 960 aux dépens de l'Evêque de Chartres et de Hugues Capet, nouveau Duc de France encore mineur. Beau-frère d'Herbert III comte de Vermandois, et comte palatin, celui-ci meurt en 981 sans postérité : sa succession est partagée entre le fils de Thibaud le Tricheur, Eudes Ier et son cousin Herbert le jeune. 
Eudes I reçoit Château-Thierry et le comté de Reims. Eudes I initialise la stratégie d'encerclement du domaine royal des Capétiens à partir des positions qu'il occupe sur la Marne et la Loire. En 991 il s'empare de la forteresse de Melun détenue par Bouchard de Vendôme, un fidèle du roi Hugues Capet et beau père de Foulques III Nerra, comte d'Anjou, également allié du roi. Foulques participe à la reprise de Melun. Eudes I meurt en 996.  
Eudes II, second fils de Eudes I, obtient Dreux par son mariage en première noce avec Mathilde de Normandie en 1004. Le comte de Sens, en besoin d'aide, lui offre Montereau en 1015. La branche des Vermandois, héritière de Meaux et Troyes s'éteint en 1020, Eudes II occupera alors rapidement la Champagne. En 1022, le roi Robert II le pieux arbitre en sa faveur : Eudes II prend possession de Meaux et Troyes, en contrepartie il promet de céder son pouvoir comtal sur Reims à l'archevêque. En 1027 un conflit éclate entre le roi Robert II et Eudes de Blois à propos de l'élection de l’Évêque de Meaux. Le roi rejette le candidat d'Eudes II et impose le sien, Meaux reste un évêché Royal. Instruit par cet échec, Eudes se rapproche de l’Église.                                                                              suite >>>

La consolidation et l'opposition au roi

Thibault IV, fils aîné d'Etienne-Henri, hérite du comté de Blois à la mort de son père en 1102, mais il n'a qu'une dizaine d'années. La tutelle est assurée par sa mère Adèle et par le vicomte de Chartres Hugues du Puiset. En 1107 Thibaud IV est adoubé chevalier et gère avec sa mère le comté. Dès cette année, il s'oppose au roi à Gournay en soutenant Guy de Rochefort, seigneur de Crécy *. Une succession de batailles se déroulent en 1108-1109 en Ile de France où Louis VI s'efforce de ramener à la raison des seigneurs indisciplinés. En 1113 Thibaud s'allie à son oncle Henri I d'Angleterre contre le roi de France ; son frère puiné Etienne tient entre 1116 et 1119 la forteresse de Brie Comte Robert, alors que Thibaud IV est emprisonné à Blois sous la garde du Duc d'Anjou, allié de Louis VI. En décembre 1120 Thibaud est touché par le naufrage de la Blanche Nef. Suite à ce drame familial, son comportement change et il se préoccupe plus d'affaires religieuses. En 1123 il épouse Mathilde de Carinthie, et en 1125 son oncle Hugues lui cède le comté de Champagne. Les relations se retendent avec Louis VI jusqu'en 1132. En 1135, son frère Etienne devient roi d'Anglerre alors qu'il pouvait y prétendre, mais il accepte ce choix. L'accession au trône de Louis VII en 1137 et son mariage avec Aliénor d'Aquitaine rallume les hostilités et en 1143 le roi prend et brûle Vitry, Il faudra les bons offices de Bernard de Clairvaux pour trouver un accord en 1144. Thibaud meurt en 1151 et choisit d'être inhumé à Lagny sur Marne..

* Gournay sera d'ailleurs enlevé à Guy de Rochefort et donné à un proche du roi Guillaume de Garlande, plus ancien seigneur de La Houssaye.  

Les Comtes du Vermandois

En 907 Herbert II de Vermandois épouse Adèle de France, fille de Robert Ier, et reçoit en dot le comté de Meaux, première possession champenoise. En 913 son pouvoir s'étend à Sézanne. Son fils Robert lui succède en 946, puis hérite en 956 de Troyes à la mort de son beau-père Gilbert de Châlon. Son petit-fils Herbert le jeune y ajoutera Vitry à la mort de son oncle Herbert III. Mais le fils de ce dernier Etienne meurt en 1020 sans descendance ; la succession ne sera réglée que 2 ans plus tard au profit...du comte de Blois Eudes II.

Source : https://profshistoirelcl.canalblog.com/

>>A sa mort en 1037, le comté est divisé entre Thibaud III, le fils aîné et Etienne le cadet, qui reçoit Meaux, Troyes et Vitry. Thibaud III perdra Tours au profit du comte d'Anjou en 1044. Peu après son frère décède et il devient tuteur de son neveu mineur Eudes III jusqu'en 1058, puis obtient du roi que celui-ci devienne son vassal.  En 1077, par les liens issus de son mariage en seconde noce avec Adèle de Valois, il reçoit le comté de Bar sur Aube et celui de Vitry lui est restitué. Thibaud III est un des premiers grands Seigneurs à adopter la réforme Grégorienne : les puissances laïques ne doivent plus intervenir dans l'investiture des dignités Ecclésiastiques. Il soutient également le retour de l’Église vers l'idéal monastique et protège les monastères contre les abus de pouvoirs des Seigneurs. A noter qu'il maintient de bonnes relations avec le roi de France Philippe I. Il meurt en 1089.

Etienne-Henri, fils aîné de Thibaud III et Gersende du Maine, se voit confier Blois, Châteaudun et Chartres par son père dès 1074. Il épouse en 1081, à Chartres, Adèle de Normandie, la fille ainée de Guillaume le Conquérant et se trouve ainsi partie prenante des affaires du Royaume d'Angleterre. A la mort de Thibaud III, il hérite des territoires de Chateau-Thierry et Saint Florentin puis y ajoute le Comté de Meaux. Il participe à la première croisade en 1096, mais meurt en 1102 face aux Egyptiens.

Eudes IV, fils de Thibaud III et d'Adèle de Bar épousée en seconde noce, hérite de Provins et Troyes à la mort de son père.

Hugues I, son frère, lui succède en 1093. Il est le premier à porter le titre de Comte de Champagne. Il se rend par deux fois en Terre Sainte et établit de nombreux liens avec les Moines Cisterciens. il offre des terres de son domaine pour fonder l'Abbaye de Clairvaux et fait appel pour la diriger à un jeune moine de 25 ans, Bernard de Fontaine, qui deviendra Saint Bernard de Clairvaux. En 1125, alors qu'il possède un des plus grands fiefs du Royaume de France, Hugues de Champagne laisse ses états à son neveu Thibaud IV de Blois. Il quitte sa femme et son fils Eudes deshérité et part rejoindre les Moines-Chevaliers du Temple en Terre Sainte. Ceux-ci sont dirigés par un de ses anciens vassaux, Hugues de Payns, 1er Grand Maitre de l'Ordre des Templiers.

La Champagne devient le premier centre commercial et financier du monde occidental et la dernière étape de la route de la soie !

Henri le Libéral, fils aîné de Thibaud IV, recueillera l'héritage champenois de son père et actera la séparation des comtés de Blois et Champagne et la prédominance de ce dernier. Peu avant son départ avec le roi pour la seconde croisade en 1147, il est fiancé à Marie de France, fille de Louis VII, qu'il n'épousera d'ailleurs qu'en 1164 ! Ces deux évènements le rapprocheront durablement du roi, qu'il soutiendra contre le roi d'Angleterre. Il favorisa les foires dans quatre villes : Troyes, Provins, Bar-sur-Aube et Lagny-sur-Marne. Elles étaient des carrefours commerciaux majeurs, attirant des marchands de toute l’Europe. Il meurt en 1181. 

Henri II de Champagne, n'a que 14 ans à la mort de son père. Sa mère assure la régence et entre en conflit avec Philippe Auguste entre 1183 et 1186. Mais en 1187, Henri II soutient Philippe-Auguste contre le roi d'Angleterre, et part pour la troisième croisade en 1190. Il devient roi de Jérusalem en 1192 et meurt à Saint Jean d'Acre en 1197.

Thibaud le Chansonnier (à terminer...)

La motte castrale de La Houssaye

A La Houssaye, la première trace de cette occupation féodale au XI ou XIIème est sans nul doute une motte féodale située dans le parc du château  :

Vue aérienne du parc du Château de La Houssaye.

 

 

Le site de la motte castrale est entouré en bleu. A droite zoom sur la zone 

 

Photo Geoportail

Plan d'une motte castrale vers l'an mille. Les constructions étaient alors en bois.


Profil altimétrique de la motte de La Houssaye. La hauteur des mottes se situait entre 3 et 8 mètres

Outil Geoportail

Terres de frontière : les forteresses 

Quelques forteresses datant de cette époque :

  • La Ferté-Gaucher fin du XIIème

  • Villeneuve le Comte (La Pointe) en 1203
  • Mortcerf (Becoiseau) en 1219

  • Jouy-le-Châtel en 120?

  • La Houssaye en Brie en ?

  • Crécy la Chapelle en ?

  • Crévecoeur en ?

  • Coupvray vers 1275

  • Brie Comte Robert au début du XIIIème

Les constructions de cette époque se caractérisent par un plan carré, entouré de douves, sans donjon, les remparts sont soutenus par des tours d'angles 

Ci-joint une représentation 3D du Château de Brie Comte Robert
Le plan de La Houssaye est similaire mais la cour est plus vaste.

 

Les forteressses s'accompagnaient d'un réseau de maisons-fortes (Domus Fortis), il s'agissait de fermes fortifiées ou de fortes bâtisses à l'entrée des villages en formation : Magny le Hongre, Coutevroult, Saint Germain sur Morin, Coulommes, Villiers sur Morin, Saint Jean les deux jumeau, La Houssaye en Brie

Des Domus Fortis, maisons rendables et jurables du comte de Champagne, sont attestées à La Houssaye par deux fois dans la Feoda Campanie de Longnon :

  1. 1172 - Mention de filius Wilardie de La Hosseia
  2. 1201 - Mention de Domus Mathei de Hosseia

1285 Rattachement de la Champagne au domaine Royal

Au Moyen Âge les frontières entre comtés étaient mal définies et faisaient souvent l'objet de procès pour déterminer lequel des deux plaignants détiendrait le droit de justice sur une portion de territoire dénommée marche.

Pour la châtellenie de Melun, qui dépendait du roi, la limite entre les deux domaines était:

  1. Le Chemin Paré entre Meaux et Sens (tracé noir en gras ci-joint), sur l'ancienne voie romaine (via Agrippa) qui reliait Rome à Boulogne-sur-Mer.
  2. Pour le comte de Champagne, la limite était une ligne placée plus à l'ouest et qui suivait en partie le cours de l'Yerres et passait approximativement par Hautefeuille, Lumigny, Rozay-en-Brie, Courpalay et Châteaubleau.

Après une enquête minutieuse une sentence fut rendue en juin 1270 par le Parlement de Paris. Elle ne donna pas la préférence à l'un ou à l'autre des tracés indiqués par les gens du roi et par ceux du comte. Elle reconnaissait et ratifiait la légitimité des deux en accordant au roi et au comte le droit de haute justice sur leurs fiefs et arrières-fiefs qui étaient respectivement situés dans la zone ainsi délimitée.

La vie des villageois, qui dépendaient soit du roi soit du comte et qui habitaient dans cette marche séparante, était plus difficile qu'ailleurs.

En 1284, le roi de France Philippe le Bel épousa Jeanne de Navarre, héritière du comté de Champagne et du royaume de Navarre. L'année suivante, le comté de Champagne fut réuni aux domaines de la couronne et les habitants des villages de la marche séparante devinrent tous des sujets du roi de France.

Carte de la Haye de Brie, des villes neuves, abbayes et commanderies fondées au XII° siècle et dans la première moitié du XIII° siècle

Jean Hubert. La frontière occidentale du comté de Champagne du XIe au XIIIe siècle - 1955