Visite guidée de l'Eglise

Vue aérienne en février 1964
Les origines de l'église de La Houssaye remontent très probablement au XIIème siècle, puisqu'on en trouve mention dans le Pouillé du diocèse de Paris daté de 1205 (1) sous les termes latins "Ecclesia de Hosseia", cependant c'était au prieur de la Celle sur Morin, prieuré dont il ne reste que quelques vestiges et rattaché au diocèse de Meaux, d'y nommer l'officiant ( de même dans les Pouillé du XVI et XVII ème). Le rattachement ultérieur du prieuré de La Celle aux Missions Étrangères de Paris leur transféra cette charge avant la Révolution.
Certains éléments du gros œuvre semblent dater de cet édifice primitif, notamment une colonne avec un chapiteau à crochets dans le chœur, ainsi que des colonnes à socle carré comportant une griffe à chaque angle dans la nef.
Le chœur est voûté, de style gothique, avec un vitrail de la crucifixion de grande valeur qui pourrait dater du XIIIème siècle selon certains spécialistes.
Cette église primitive fera l'objet de transformations importantes vers la fin du XVème - début XVIème : elles auraient concerné la nef principale, son collatéral, le clocher actuel, qui aurait remplacé une première construction surmontant la chapelle au Nord, et un peu plus tard une chapelle dite 'Seigneuriale" au Sud du chœur. Cette église agrandie et embellie sera consacrée le 9 mai 1536, jour de la fête d'été de la Saint Nicolas, en présence de Guy de Montmirail, évêque auxiliaire de Paris. Ce sont les dimensions et l'aspect de l'église qu'on connaît aujourd'hui.
1 - Le Pouillé de 1205 constitue la base documentaire la plus ancienne du diocèse de Paris, offrant un aperçu détaillé de la structure ecclésiastique et fiscale de l’époque.
Plan daté de l'église
Sur ce plan manuscrit on repère les trois grandes périodes de construction avec des soubassements qui peuvent remonter aux périodes antérieures (rez de chaussée du clocher, bases des colonnes de la nef, voire le portail en plein cintre que certains datent des origines)
XII ème siècle : les éléments primitifs
On trouve quelques vestiges de l'édifice primitif dans le choeur , le début de la nef et les soubassements
Colonne avec chapiteau à crochets du chœur
Cette colonne comporte une base sans doute modifiée et en tout cas très détériorée, mais aussi un beau fût cylindrique probablement raccourci et enfin au sommet un magnifique chapiteau à gros tailloir carré, dont la corbeille est ornée à chaque angle de gros « crochets » de formes très simples. Cette ordonnance : gros fût cylindrique, chapiteau à tailloir carré, est celle que l’on peut voir dans nos premières grandes cathédrales gothiques et notamment à Notre Dame de Paris, ces « crochets » si majestueux ornant la corbeille du chapiteau appartiennent sans aucun doute à la belle sculpture monumentale du troisième quart du XIIème siècle c’est-à-dire encore, le début de l’art gothique.
Colonnes à socle carré de la nef
La seconde base comporte à chaque angle un ornement en forme de feuille recourbée : ce qu’on appelle une « griffe ». Ces bases à « griffes » sont tout à fait typique de l’art du XIIème siècle que ce soit la période Romane au début ou le premier art gothique dans la seconde moitié de ce siècle. On retrouvera ces griffes jusqu’au milieu du XIIIème siècle surtout dans les petites églises rurales où le style marque un large temps de retard sur l’art des grandes cathédrales.
Fin du XIII ème siècle : les voûtes du chœur
Séparé de la nef par un arc triomphal surmonté d'un mur, le chœur gothique se divise en deux travées recouvertes de voûtes sur croisées d'ogives. Les clefs sont feuillées et accompagnées de deux têtes. Cette voûte daterait de la fin du 13 ème siècle - début du 14 ème siècle, époque de Philippe le Bel. Première clé avec à l'est une tête coiffée ou à touret, et à l'opposé une tête couronnée Seconde clé avec à l'est un visage de séraphin et à l'opposé une tête de démon.
Le vitrail de la crucifixion
Nous trouvons un authentique vitrail médiéval rond de 75 cm, serti dans l’oculus au sommet de la grande fenêtre du chevet plat. D'aucuns considèrent qu'il s'agit d'un des plus beaux vitraux de Seine et Marne ! Il représente une crucifixion, a été classé monument historique en 1906 (1), et malheureusement daté du XVIème siècle. Or outre la coloration, le dessin parle lui aussi, très éloquemment en faveur de la fin du XIII- début XIVème siècle : la Vierge et Saint Jean notamment de part et d’autre du Christ ont une courbure du corps (ce que l’on appelle un hanchement), tout à fait caractéristique du moyen-âge à son déclin.
Le Christ, très clair sur sa croix verte (signe d’espérance), la tête penchée, les yeux clos sur ses pensées, le corps courbé vers les fidèles se détache, intensément présent, du fond bleu qui l’enveloppe. Cette présence est encore accentuée par la position de ses mains ouvertes en un large geste d’accueil : irradiant sa divine promesse, c’est le Christ Rédempteur. A ses côtés, la Vierge la main ouverte dans un geste d’acceptation confirme la profondeur de sa participation pendant que Saint Jean tient le livre porteur du nouveau message. Notre humble église de La Houssaye est riche d’un chef-d’œuvre profondément symbolique, dont l’origine et le centre nous sont inconnus.
1 Il était temps car en en 1856 et en 1875, les fabriciens s'étaient proposés de remplacer ce chef-d’œuvre par un vitrail plus moderne !
Le vocable de Saint Nicolas remonterait au moins au XVème car un document l'indique avec cette mention : "des provisions données pour la cure le 7 février 1395" (Almanach historique de Seine et Marne- Maurice Lecomte -1914)
Vierge à l'enfant de Boutigny
Avant 1858, il existait une statue de la vierge portant son fils jouant avec un oiseau, datée du XIVème siècle, qui ressemblait beaucoup à la vierge de Boutigny, près de Meaux. Cette statue resta quelques temps chez les Soeurs puis fût acquise par une famille...
Fin XV ème siècle : l'agrandissement
Qu’a-t-on construit ou reconstruit en cette fin du XVème siècle ? Très vraisemblablement : la nef principale, son collatéral et le clocher (24.2 m). (Nicolas Le Coq est alors Seigneur de La Houssaye et Louis XI roi de France - A vérifier ?). Il semble que la petite chapelle qui est contiguë au clocher, désignée comme chapelle seigneuriale (dédiée maintenant à Saint Joseph) soit plus tardive : de la seconde moitié du XVIème,
Clocher et chapelle seigneuriale
Chapiteau du 3ème pilier avec le blason des Le Coq.
Le contrefort sud-ouest présente un blason très abimé probablement de la même famille.
Le 9 mai 1536, fête de la translation des reliques de Saint Nicolas de Myre à Bari, eut lieu la dédicace (1) de l’église agrandie et embellie, en présence de Guy de Montmirail, évêque titulaire de Mégare et auxiliaire de Paris. Nous sommes sous le règne de François 1er, et Gérard Le Coq est alors seigneur de La Houssaye
(1) La dédicace d'une église est un acte liturgique solennel qui consacre définitivement le bâtiment à un usage sacré, le transformant en un lieu de rencontre entre les hommes et Dieu,
Nous trouvons dans le chœur 2 statues de bois polychrome (125 cm) malheureusement recouvertes d'un badigeon.
A gauche Saint Blaise :1er patron de l’église de La Houssaye. Évêque de Sébaste en Turquie, martyrisé en 320. Très populaire au Moyen Age.
A droite Saint Nicolas avec sa crosse.
Classées en 1955 et datées du XVème.
XVI ème siècle : Dalle et chaire
Dans le dallage de la nef, près de l’entrée du chœur, une grande dalle de 1,98 sur 0,95 m, à deux personnages, datée de 1544, elle représente un lieutenant général de la Châtellenie de Tournan et son épouse. Elle a été en grande partie martelée et à demi effacée à la Révolution. Classée en 1984
L'homme est vêtu d'une houppelande longue, culottes courtes, bas, chaussures à la poulaine, dague. La femme porte une robe à manchettes tailladées; ceinture nouée d'où pendait une chaîne à gland. L'un des écussons, du côté de la femme, était écartelé d'un ? et d'une gerbe de blé; il y a quelques années on pouvait encore déchiffrer des fragments de l'épitaphe, gravée en lettres gothiques : ... «EN SON VIVANT LIEUTEN... GENERAL DE LA CHETELLENIE DE TOURN... EN BRIE QUI T... SPASSA LE IIIè JO.R DE NOVE.BRE VO X 18. PR.EZ DIEU PO.R LUY. »
Dans la nef, la chaire à prêcher datée du XVIème siècle a été classée en 1906 (sauf l'escalier et la rampe plus récents). La cuve est joliment proportionnée et formée de 5 panneaux de chêne sculptés, de style gothique flamboyant, ornés de fleurs de lys, mutilées au moment de la Révolution pour en faire des fers de lance.
La litre seigneuriale
On trouve des traces d’une litre seigneuriale dans le chœur et la chapelle de la vierge. Il s’agit d’une bande noire sur laquelle est peinte une armoirie d'un Seigneur : on distingue un lion noir sur fond de gueules (le rouge qui signifie la bravoure, l'amour ou la souffrance). Souvent liée à un rite funéraire.
Le droit de litre faisant partie des prérogatives seigneuriales sera supprimé à la révolution française
XVII ème siècle : la cloche et le retable
Poutre de gloire
Il existait une poutre de gloire à la limite du choeur et de la nef dont les statues polychromes représentant le Christ en croix, Marie et Saint Jean ont été replacées au dessus de la tribune. Elles datent du XVII ème siècle
Classées en 1979
Cloche Antoinette
La première cloche fut fondue par Jean Gillot, un des fondeurs du bourdon de ND de Paris. Elle fût bénite par le curé Ricard en 1649 et parrainée par Messire Nicolas Lenormant, alors seigneur de La Houssaye, et Anne Marguerite Huault, fille du seigneur de Bernay en Brie.
Elle a été refondue en 1859 par Dutot, fondeur à Paris et prénommée Antoinette puis bénie par l’abbé Alexandre Honoré Mellet, curé de La Houssaye et parrainée par Ildefonse Joseph de Jeulte, comte de Bar et Jeanne Rose de Guinibal née de Bar, propriétaires du Palis
Classée en 1942
Retable
Vers l’an 1700 on construit un grand retable de bois, sans grande valeur artistique, qui orne le fond du chœur et cache ainsi les deux grandes fenêtres sous l'occulus. De part et d'autre on retrouve les statues de Saint Blaise et Saint Nicolas et au centre il y avait une peinture représentant Saint Nicolas et les trois enfants.
Peintures sur cuivre
Ces trois peintures sont datées du XVIIème siècle. Classées en 1984
En 1690, on effectue des réparations importantes, mentionnées au registre de l'état civil, à la chapelle seigneuriale et au clocher. Le rez de chaussée de ce dernier devait probablement servir autrefois de sacristie.
XVIII ème siècle : les fonts batismaux
En 1736, on restaure assez maladroitement le chœur. Le cloisonnement de la sacristie actuelle, au nord du collatéral, date peut-être de cette époque.
Des fonts baptismaux en marbre, de forme ovale avec deux anses, reposant sur un pied en bois sont installés au fond du collatéral courant du XVIIIème siècle. Ils ont été remplacés assez récemment par un chaudron en cuivre !
XIX ème siècle : Stèle du Maréchal Augereau
Le Maréchal Augereau, Duc de Castiglione, meurt au château de La Houssaye en 1816 et fut inhumé dans l’ancien cimetière, au pied du chevet de l’église. Lors de la translation de cet ancien cimetière en 1863, la stèle fut placée où elle est encore aujourd’hui, au milieu du collatéral. Classée en 1906
Plaque à la mémoire du Capitaine Mathieu Decasse mort au siège de Sébastopol en 1855, dans la chapelle de la Vierge
Un Christ en croix, copie de Vélasquez faite au XIXème siècle, et offerte par Napoléon III, a remplacé le tableau du retable représentant Saint Nicolas et les trois petits enfants.
XX ème siècle : Vitraux
L'une des fenêtres du collatéral est un vitrail moderne offert en 1945 par les paroissiens, à la mémoire de l'Abbé Duvet, curé de 1920 à 1944. Ce vitrail représente le baptême de Clovis avec Saint-Rémy et Clotilde, sous la protection de l'Esprit Saint représenté par une colombe. Il a été réalisé par Adeline Bony, maître verrier à Paris, comme son mari Paul Bony. Cet atelier a été fondé en 1924 par Jean Hébert-Stevens et Pauline Peugniez, parents d’Adeline, qui souhaitaient sortir le vitrail de l’académisme en le mettant au service des peintres. En 1944, lorsque Paul et Adeline reprennent l’atelier, ils perpétuent leur esprit de modernité et travaillent avec Rouault, Matisse, Chagall…
Les grandes baies de la nef sont ennoblies par de magnifiques vitraux d’art abstrait réalisées en 1963 par le maître verrier Henri Martin Granel, de Crécy en Brie.